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La bataille du Chemin des Dames

Les reportages > Centenaire 14-18

La Bataille du Chemin des dames

       La bataille du Chemin des Dames intervient durant la troisième année de la première guerre mondiale. Elle est l’une des plus meurtrières de la Grande Guerre et sera directement à l’origine des grandes mutineries de 1917 dans l’armée française.

         La France, au printemps 1917.

       Quelques mois plus tôt, en décembre 1916, la terrible bataille de Verdun s’est achevée.
       La grande offensive allemande qui devait percer le front et saigner l’armée française à blanc a échoué.
       Le général PETAIN est désormais considéré comme un héros national par toutes les couches de l’opinion publique. Il a réussi à redresser la situation des premiers jours et à contenir les armées du Kaiser : « Ils ne sont pas passés ! ».
       Décembre 1916, c’est également le moment où le Général NIVELLE remplace JOFFRE à la tête de l’armée française.
       Il reprend à son compte un projet resté dans les cartons de son prédécesseur qui prévoyait une offensive franco-anglaise de très grande ampleur entre Soissons et Reims.
       Comme pour les allemands à Verdun, comme pour les anglais dans la Somme, le but est toujours le même : percer le front ennemi après une violente préparation d’artillerie et exploiter la brèche pour provoquer une rupture et la désorganisation totale de l’adversaire.


         La préparation de la bataille du Chemin des Dames

       NIVELLE prend lui-même la direction des opérations. Il fait rassembler la Vème armée du général MICHELER (formée de 16 divisions d’infanterie, d’une de cavalerie et de près de 200 chars d’assaut). La VIème armée de MANGIN, (17 divisions d’infanterie, dont de nombreux régiments de tirailleurs sénégalais et de zouaves, plus 1 division de cavalerie)


       Ces deux armées formeront son groupe de combat principal. En réserve, il dispose de neuf divisions de la Xème armée du Général DUCHENE, de la IV armée de Général ANTHOINE avec 5 divisions d’infanterie, ainsi que du 2ème corps d’armée coloniale du Général BLONDIAT.
        Il a là une force colossale de près d’un million d’hommes, dont 850 000 combattants, des chars et plus de 5 000 pièces d’artillerie.
        Le tout regroupé dans un espace de moins de 40 km de large.
        Mais ces gigantesques préparatifs ne peuvent évidemment pas passer inaperçus.
        Pour renforcer leur dispositif défensif face à cette très forte concentration de troupes et de moyens qu’ils voient se rassembler devant eux, les Allemands décident d’opérer un repli stratégique d’environ 70 km, leur permettant de rétrécir leur ligne de front. Ainsi, ils regroupent leurs troupes et en mettent une partie en réserve. Ils opèrent avec le maximum de discrétion.

       Tout à leurs certitudes et à leurs préparatifs, les alliés mettent près de trois semaines à réaliser la manœuvre allemande. Les voilà contraints de reporter leur attaque. Sachant que l’effet de surprise sur lequel il comptait depuis des semaines n’existe plus, NIVELLE va-t-il changer ses plans ?
       Non. Tout juste opère-t-il quelques ajustements mineurs.
      Le plan NIVELLE est d’enfoncer les premières lignes allemandes avant de lancer très rapidement des troupes de réserves, cavalerie en tête, dans la brèche ainsi obtenue.
       Une tactique qui lui a réussi à l’automne 1916 pendant la bataille de Verdun et qui lui a permis de reconquérir tout le terrain perdu au début de la bataille. NIVELLE est donc confiant. Selon lui, la percée doit être facilement réalisée en 24 ou 48 heures avant l’effondrement allemand.
      L’offensive doit finalement avoir lieu au mois d’avril et l’effort principal français doit se situer entre Soissons et Reims, sur un plateau qui sépare les vallées de l’Ailette et de l’Aisne.

       Sa ligne de crête est suivie par une route autrefois empruntée par les filles de Louis XV, Adélaïde et Victoire, pour rendre visite à leur amie la duchesse de Narbonne-Lara. Ces deux « Dames de France » ont laissé à cette route le nom désuet de « Chemin des Dames ». La bataille du Chemin des Dames est censée être décisive. Ce sera l’ultime offensive, celle qui « anéantira les boches », « la der des der »…

       Mais cette position surélevée est occupée par les Allemands depuis 1914. Ils ont eu tout le loisir de la transformer en une véritable forteresse faite de plusieurs lignes de défenses reliées par des souterrains, truffés d’abris bétonnés, de barbelés et de nids de mitrailleuses camouflées.

        En fait, le plan NIVELLE pour la bataille du Chemin de Dames comporte deux faiblesses majeures :
         - La première, c’est qu’il ne tient absolument pas compte de la géographie des lieux, bien différente que lors de ses succès à Verdun. Le plateau du Chemin des Dames est situé en hauteur et l’avantage des défenseurs est considérable par rapport aux attaquants. Ils devront fournir un effort surhumain pour grimper des pentes difficiles sous le feu des mitrailleuses et de l’artillerie ennemies.
        - La deuxième, c’est qu’il reproduit à l’identique toutes les erreurs commises par les Anglais pendant la bataille de la Somme en se basant exactement sur la même stratégie d’attaque : préparation d’artillerie, puis avance des troupes derrière un barrage d’artillerie roulant. Une méthode qui a prouvé son efficacité.


       NIVELLE est-il trop confiant ? Est-il aveugle ? Incompétent ?
       Le recul de l’histoire nous montre aujourd’hui à quel point tous les généraux de cette « Grande Guerre » faisaient peu de cas de la vie des troupes, n’avaient à l’époque absolument pas assimilé toutes les contraintes matérielles et humaines de la guerre moderne. Ils étaient tous de fervents partisans de l’attaque à outrance », tactique de l’assaut frontal direct, au mépris des pertes humaines, qui devaient conduire au choc du corps à corps et dont le manuel militaire du début de la guerre précisait qu’elle devait conduire à « la résolution de la crise par les baïonnettes ».

 
 
 

         Le déclenchement de la bataille du Chemin des Dames

      Du 12 au 15 avril 1917, les français entament un bombardement soutenu. Mais le temps est très mauvais et empêche les artilleurs d’ajuster correctement leurs tirs. De plus, la zone de bombardement est large d’une trentaine de kilomètres. Trop étendue pour une concentration optimale des tirs d’artillerie.
     Le 16 avril 1917, le froid glace les os. La neige se met à tomber. A 6 heures du matin, les sifflets des officiers sonnent dans les tranchées françaises. L’assaut est lancé. Les soldats, transis de froid et de fatigue, grimpent lourdement les échelles et s’élancent vers les lignes allemandes.
       La bataille du Chemin des Dames est engagée.
      Les fantassins sont tenus d’attaquer en « tenue d’assaut », soit : couverture roulée dans la toile de tente, en sautoir en travers du torse ; un « outil individuel » généralement une pelle, qui sera d’ailleurs plus souvent utilisée dans les corps à corps que pour creuser, la musette de vivres, avec de la nourriture pour …. 6 jours, la musette à grenades, les hommes en seront surchargés, jusqu’à une vingtaine de grenades par soldats, des bidons d’eau, 3 litres en tout, un masque à gaz, des sacs de terre, pour établir des protections dans les positions conquises, un paquet de pansements, des munitions plus de 120 cartouches par fusil. Au moins 20 kilos de matériel en grande partie inutile.

      

       En quelques minutes, le massacre commence.
       Bien retranchés dans les positions très peu entamées par les bombardements, les Allemands ouvrent un feu terrible sur les assaillants.
       Les Français sont fauchés par un déluge de feu et d’acier qui les prends en enfilade sans leur laisser aucune chance. Ils peinent à progresser sur les pentes boueuses. Elles sont rendues complètement instables et trop accidentées par leurs propres obus. De plus, elles sont totalement à découvert.
       Les premières vagues d’assauts sont littéralement mises en charpie en moins d’une heure par les mitrailleuses allemandes bien protégées dans des abris bétonnés. Même les 130 chars d’assaut engagés sont quasiment tous détruits, en panne ou embourbés.

       Mais les ordres sont les ordres. Mêmes devant l’ampleur de la tragédie, aucun officier n’ose s’y opposer.
     L’une après l’autre, les vagues françaises sont jetées dans la fournaise toute la matinée. De fait, déjà à 7 heures du matin, il apparaît sans aucun doute possible que l’offensive est ratée. Le simple bon sens commanderait de cesser immédiatement ces attaques suicidaires.

       Pourtant le massacre dure encore 4 jours. Le 20 avril, l’énormité des pertes force l’état-major français à suspendre provisoirement l’offensive. Mais NIVELLE, malgré l’évidence qui lui saute aux yeux avec des rapports de pertes considérables  et toujours plus pessimistes, s’entête. Ce n’est que le 22 avril qu’il ordonne finalement de cesser l’offensive massive pour privilégier des attaques plus réduites. Pure folie. Sur le plateau du Chemin des Dames, entre Cerny-en Laonnois et Craonne, les gains de terrains sont quasiment nuls. Les hommes savent maintenant qu’ils se sacrifient pour satisfaire l’égo démesuré d’un général en chef totalement aveuglé et dépassé par l’ampleur de son échec. La colère commence à gronder dans les régiments.


         La bataille du Chemin des Dames : les mutineries

       Il faut attendre le 15 mai pour que le Général  NIVELLE soit remplacé par le Général PETAIN.
       Déjà, les premiers cas de désobéissances sont rapportés.
       Fin mai, PETAIN fait face à une véritable mutinerie. 150 régiments refusent de remonter en ligne. Les soldats, qui ont jusque là enduré tant de sacrifices, sont à bout. Ils se révoltent devant l’incurie de leurs chefs. Pour les mutins, le village de Craonne, devant lequel de très nombreux soldats sont tombés, devient le symbole du sacrifice inutile. Sur un air très populaire de l’époque, « la chanson de Craonne » devient l’hymne clandestin de la mutinerie que les soldats fredonnent entre eux, loin des oreilles de leurs officiers.
       Si le nom de Craonne devient un symbole, d’autres lieux portent également de lourds souvenirs de pertes terribles : Laffaux, Californie, Hurtebise, Vauxrains …
      Ainsi, entre mai et juin 1917, le général PETAIN doit faire face aux mutineries de colère et de désespoir de nombreux poilus. Il sait qu’il doit circonscrire rapidement ces actes de désobéissances. Ils menacent dangereusement toute la cohésion de l’armée française. Les mutineries font réellement peser sur la suite de la guerre la terrible épée de Damoclès de la défaite. PETAIN se penche sur les conditions de vie des soldats. Il améliore les cantonnements  la nourriture et les délais de permissions.
      Dans le même temps, il exige que les meneurs les plus virulents soient sévèrement punis (Il refusera de donner suite à 7 recours en grâce). Environ 3 500 soldats sont condamnés aux travaux forcés ou à des peines de prison lourdes.

       


       Après l’offensive du Chemin des Dames, une commission militaire d’enquête est formée, avec à sa tête le Général BRUGERE. Elle absout NIVELLE, même si dans ses conclusions, BRUGERE écrit : « Pour la préparation, comme pour l’exécution de cette offensive, le Général NIVELLE n’a pas été à la hauteur de la tâche écrasante qu’il avait assumée ».

       Le général NIVELLE, que les soldats appelleront « le Boucher », est gentiment mis à l’écart et envoyé en Afrique du Nord, à Alger. Après la guerre, il est élevé Grand ’Croix de la Légion d’Honneur et finit ses jours tranquillement dans son lit en 1924 avant d’être inhumé aux Invalides.

 
 
 

       Sur son intervention directe auprès du président POINCARE, seules 43 condamnations  à mort sur 554 sont exécutées. Ces « fusillés pour l’exemple » de 1917 ont marqué plus profondément et plus durablement la mémoire collective française. Toutefois, il faut noter qu’ils ont été quatre fois moins nombreux que ceux de 1914 ou 1915, preuve de « l’indulgence » relative de l’état-major français pour ces mutins.

       Peut-être en regard, non avoué, de l’incompétence sanglante de NIVELLE, les chiffres restent toutefois sujets à caution. L’accès aux archives militaires de cette sombre période devrait être autorisé courant 2017.

     


 
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