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La bataille de la Somme

Les reportages > Centenaire 14-18


La bataille de la Somme

     La bataille de la Somme a duré plus de quatre mois, du 1er juillet au 18 novembre 1916.
     Les commandants alliés cherchèrent à soulager la pression sur les défenseurs français de Verdun, au sud, en infligeant de lourdes pertes aux forces allemandes plus au nord et en attirant des réserves allemandes dans la bataille.


    Le front occidental est stabilisé depuis décembre 1914, à la suite de la course à la mer.
     Les combats de 1915 d'Artois et de Champagne n'ont pas fait bouger les lignes.
     Le front de la Somme est un secteur relativement calme au cours de l'année 1915.
     En 1916, l’armée britannique en France manque d’expérience, sa partie professionnelle, six divisions, ayant été décimée en 1914-1915.
     La plus grande partie de ses effectifs est composée de volontaires des forces territoriales et de la nouvelle armée de Kitchener. Les officiers ont été promus rapidement et manquent à la fois de formation et d’expérience.
HAIG collabore volontiers avec JOFFRE, mais il souligne l'indépendance du corps expéditionnaire anglais, le commandement n'est donc pas unifié.
     JOFFRE monte donc cette offensive avec l'armée française comme acteur principal au sud de la Somme, qui doit être appuyée par le corps expéditionnaire britannique moins aguerri entre la Somme et Arras.
Il nomme FOCH, commandant du Groupe d'Armées Nord, responsable de l'opération.
    Une conférence à Chantilly le 14 février 1916 fixe le début de l'offensive au 1er juillet 1916.

      Les plans initiaux contrariés
      Lorsque l'armée allemande lance son offensive sur Verdun, le 21 février 1916, le commandant en chef britannique propose de venir aider son allié.
      JOFFRE décide que l'armée française peut faire face sans cet appui tout en pressant HAIG de mettre en place l'offensive sur la Somme le plus tôt possible.
      Le printemps voit les plans de la bataille changer, car l'engagement français à Verdun ponctionne les troupes prévues pour l'offensive de la Somme.
      Fin mai le dispositif français est réduit au point que l'armée britannique est désormais l'élément principal de l'opération.
      Le front d'attaque prévu sur 70 km est finalement réduit à 40. Il ne s'agit plus de réaliser une percée décisive mais d'user l'ennemi.
      Aux troupes britanniques est confié l'offensive au nord du fleuve de Maricourt à Bapaume, les Français étant chargés de la partie sud entre Maricourt et Lassigny.
      L'armée française est donc positionnée sur les deux rives du fleuve.
      Finalement la date du 24 juin est adoptée pour le début de la préparation d'artillerie, et le 1er juillet pour l'assaut.

 

      Côté allemand, FALKENHAYN ne prend pas de dispositions particulières, l'état-major attendant une offensive alliée sur l'Artois ou en Alsace, les préparatifs alliés lui semblent un bluff.
      Le maillage des villages, distants de deux à quatre kilomètres, permet une défense en profondeur, ce qu'ont organisé les troupes de VON BELOW depuis 1914.


         Le front
      Les combats se déroulèrent sur le plateau Picard, de part et d'autre de la Somme, au sous-sol crayeux propice au creusement d'abris souterrains. Le climat très souvent humide rend facilement le sol boueux et la progression des troupes difficile.
      Les Allemands occupaient presque partout des hauteurs, la ligne de crêtes qui sépare les bassins versants de la Somme et de l'Escaut. Leur front se composait :
      - D'une forte première position, avec des tranchées de première ligne, d'appui et de réserve, ainsi qu'un labyrinthe d'abris profonds comportant d'ailleurs tout le confort moderne.
      - D'une deuxième ligne intermédiaire, moins forte, protégeant des batteries de campagne.
      - Enfin, un peu en arrière, d'une deuxième position presque aussi forte que la première.
      À l'arrière immédiat des premières lignes, se trouvaient des bois et des villages « fortifiés » reliés par des boyaux, de façon à former une troisième et même une quatrième ligne de défense, le tout largement bétonné et bénéficiant des qualités de la roche crayeuse qui se coupe facilement et durcit en séchant.


     L'arrière avait été transformé, pour les armées alliées, en un gigantesque entrepôt d'approvisionnement dont la ville d'Amiens était le centre névralgique.
     Des routes, des chemins de fer à voies étroites furent construits, des aérodromes furent aménagés de même que des usines de construction d'aéronefs.
     Les hôpitaux militaires à l'arrière du front furent installés dans les établissements scolaires.
     Dans les territoires qu'ils occupaient, les Allemands faisaient régner la terreur, déportation de population, réquisitions en argent et en nature, pillage, destructions…

      Ordre de bataille
      Les Français :
     - Groupe d'Armées du Nord commandé par FOCH
     -La VIe armée (FAYOLE) avec trois corps d'armées (Ier, XXe et XXXVe CA) ;
     -La Xe armée (MICHELER) avec cinq corps d'armées.
     Elles totalisent quatorze divisions en ligne, quatre de réserve et quatre de cavalerie sur un front de 15 kilomètres.
     L'artillerie aligne 696 pièces de campagne, 732 pièces lourdes, 122 pièces ALGP (artillerie lourde à grande puissance) et 1 100 mortiers de tranchée (avec un approvisionnement de six millions d'obus de 75 mm, deux millions de munitions    pour l'artillerie lourde et 400 000 pour l'artillerie de tranchée).

      Les Britanniques :
     - Le groupe d'armées HAIG qui comprend :
     - La IIIe armée (ALLENBY) avec un corps d'armée (le VIIe) ;    -La IVe armée (RAWLINSON) avec cinq corps (IIIe,VIIIe, Xe, XIIIe et XVe CA) ;  -L'armée de Réserve (GOUGH).
     Soit un effectif de 26 divisions en ligne et trois de cavalerie sur un front de 25 kilomètres, avec l'appui de 868 pièces de campagne et 467 pièces lourdes (respectivement approvisionnées à 2 600 000 et 1 163 000 coups).
     L'armée britannique, sur le front de la Somme, est composée de troupes anglaises, écossaises, galloises, nord-irlandaises, canadiennes, australiennes, néo-zélandaises et sud-africaines, auxquelles il convient d'ajouter le corps de travailleurs    chinois, chargés du chargement, déchargement et entrepôt des matériels et marchandises.

      Les Allemands :
     La 2e armée (FRITZ VON BELOW) avec trois groupements (VON STEIN, VON GOSSLER et VON QUAST) soit huit divisions en ligne et treize de réserve.
     Ils disposent de 454 canons de campagne et 390 lourds, ce qui représente à peine le tiers de la puissance de feu des franco-britanniques.
     L'aviation allemande disposait quant à elle de 129 appareils face aux 300 appareils des Alliés.

     Les tranchées allemandes des premières lignes sont presque totalement détruites, mais les abris souterrains sont intacts.
     Le 28, l'offensive est reportée de 48 heures à cause du mauvais temps.
Il tombe les premiers jours une moyenne de cinq obus pour chaque soldat allemand

 
 





Signaux faits à l’artillerie pour qu’elle allonge sont tir.

     Les batailles :
     Le 1er juillet au matin, c'est par un beau temps clair que commence le bombardement final des alliés. À partir de 6 h 25, les tirs d'artillerie atteignent une cadence de 3 500 coups par minute, produisant un bruit si intense qu'il est perçu jusqu'en Angleterre.
     À 7 h 30, au coup de sifflet, l'infanterie britannique franchit les parapets baïonnette au canon et part à l'assaut des tranchées adverses. Les hommes sont lourdement chargés avec plus de 30 kg d'équipement.
     Ordre avait été donné aux hommes de ne pas courir. En fait, le commandement anglais craignait que les troupes ne perdissent le contact en courant et en se dispersant.
     Persuadé que les défenses allemandes avaient été anéanties par les tirs d'artillerie, il exigea que les hommes avancent au pas.

     Les Allemands les accueillirent avec des tirs de mitrailleuses qui les fauchèrent en masse. Les officiers étaient facilement repérables et furent particulièrement visés.
     On estime à 30 000 le nombre des victimes (tués et blessés) dans les six premières minutes de la bataille.
     Les Allemands sont stupéfaits de voir les soldats britanniques venir au pas.
     À midi, l’état-major britannique annula l'ordre de marcher au pas, et retint les vagues d’assaut suivantes.
     Lorsque les Britanniques parvinrent aux tranchées allemandes, ils furent trop peu nombreux pour résister à une contre-attaque.
     De leur côté, les Français atteignirent tous leurs objectifs et ne purent progresser davantage du fait, entre autres, de l'échec britannique.

     Le 1er juillet 1916 fut le jour le plus meurtrier de toute l'histoire militaire britannique.

     À l'issue de la première journée de combat, le bilan pour l'armée britannique était très lourd : 57 400 hommes étaient hors de combat soit près de 18 % de l'effectif engagé (320 000 hommes). Certaines unités étaient quasiment anéanties comme le Régiment royal de Terre-Neuve qui eut 801 hommes mis hors de combat sur un effectif de 865, soit 92 % des effectifs.
    Du côté allemand, les pertes sont estimées à 6 000 hommes.
    Après l'échec du 1er juillet, le commandement britannique souhaite arrêter l'attaque, ce que JOFFRE refuse.
    Une nouvelle préparation d'artillerie a pour but la prise du saillant de Fricourt.

    Le 4 juillet les Britanniques prennent La Boisselle.
    Le bois de Mametz est pris le 10 juillet, le Bois des Trônes le 14.
    Pozières tombe aux mains de la 1re division australienne le 23 juillet.
    À partir du 14 juillet, débutent les combats pour la conquête du bois Delville (Delville Wood) à Longueval.
    L'armée Gough, réserve britannique tente de reprendre Longueval et Guillemont aux Allemands.
    Une série d’attaques et de contre-attaques fait passer le bois d'un camp à l'autre.
Les soldats de la 1re Brigade d'infanterie sud-africaine s'en emparent puis le perdent.
Les Allemands en sont définitivement chassés, le 3 septembre.

 

     Les Britanniques échouent, par contre, au cours de combats féroces qui durent pendant plus d'une semaine, à prendre Guillemont.

     Le retour des blessés      
    Après le bombardement
    En dix jours, la VIe armée française, sur un front de près de vingt kilomètres, a progressé sur une profondeur qui atteint en certains points dix kilomètres.
    Elle est entièrement maîtresse du plateau de Flaucourt qui lui avait été assigné comme objectif et qui constitue la principale défense de Péronne.
    Elle a fait 12 000 prisonniers, presque sans pertes, pris 85 canons, 26 minenwerfer, 100 mitrailleuses, un matériel considérable. C'est le plus important succès militaire obtenu depuis la bataille de la Marne.
    Mais les Allemands se ressaisissent, leur artillerie domine toujours sur le terrain.
    Les conditions climatiques exécrables (brouillard et pluie) gênent considérablement la progression des Français au nord et au sud de la Somme.
    La 6ème armée de FAYOLE atteignit Vermandovillers et Misery au sud, Hem-Monacu au nord. Maigres progressions obtenues au prix de lourdes pertes.

          

     L'état-major allemand devant le danger de percement du front de la Somme retire treize divisions du secteur de Verdun et deux du secteur d'Ypres pour renforcer ses troupes bousculées, en juillet.
     De ce fait, la pression exercée sur l'armée française à Verdun se réduit.
    Au total, trente-cinq divisions sont retirées du secteur de Verdun pour renforcer le front devant Bapaume.
    En août, des escadrilles allemandes aguerries sont transférées de Verdun sur la Somme.
    La mise en œuvre des opérations militaires est rendue difficile par une pluie incessante qui transforme le champ de bataille en bourbier.

    Une série de coups de boutoir permet la prise de plusieurs positions allemandes. Le 3 septembre, les attaques britanniques échouent à Guillemont, Ginchy, Thiepval et au bois des Fourcaux. La Ferme du Mouquet est prise par la 1re division australienne mais reprise par les Allemands.
    Le 4, au sud, la Xe armée française enlève toutes les premières positions allemandes entre Deniécourt et Vermandovillers. Soyécourt et Chilly sont pris, avec 2 700 prisonniers ; Chaulnes est directement menacée à partir de Lihons.
    Le 9 septembre, les Britanniques prennent Ginchy. Une nouvelle offensive générale des Britanniques sur l'ensemble du front au nord de la Somme est prévue pour le 15 septembre.
    Le 12 septembre, la VIe armée française attaque au nord de la Somme mais ne parvient pas à atteindre ses objectifs.
    En raison du mauvais temps, Foch suspend l'offensive, le 18 septembre jusqu'au 25.
    Le 17 septembre, au sud de la Somme, Vermandovillers, Deniécourt et Berny-en-Santerre tombent aux mains de la Xe armée française qui fait 1 400 prisonniers.

     Une arme nouvelle, les chars :
     Le 15 septembre apparaissent les premiers chars d'assaut britanniques, « les tanks » Mark I, qui interviennent avec un succès limité. Le Mark I mesure 8 m de long, pèse 30 t, dispose d'une autonomie de 20 km et avance à la vitesse de 6 km/h; il est équipé de 5 mitrailleuses.
     Leur utilisation, à l'avant de l'infanterie, permet au 22e Régiment royal canadien de prendre Courcelette, à la 15e division écossaise de prendre Martinpuich, tandis que la 47e London Division s'empare du bois des Fourcaux, la Division néo-zélandaise prend et occupe une position appelée Switch line entre le Bois des Fourcaux et Flers après 30 minutes de combat et la 41e division britannique s'empare de Flers et fait 4 000 prisonniers.

     L'offensive anglo-française conjointe débute le 25 septembre.
     Le 26, Français et Britanniques entrent dans Combles évacué par les Allemands.
     D'autre part, tout à fait au nord, les Britanniques enlèvent Thiepval après l'utilisation de mines.
     Le 28 septembre, l'offensive cesse pour consolider les positions acquises.
     Le mois d'octobre voit se multiplier les petites offensives localisées sans grand succès, les Français piétinent au sud de Péronne autour de Chaulnes et de Villers-Carbonnel

     Les forces alliées sur le front de la Somme s'essoufflent.

      Enlisement et fin de la bataille de la Somme :
     Le 5 novembre, les Français attaquent Sailly-Saillisel mais ne parviennent pas à enlever le bois de Saint-Pierre-Vaast, les Allemands reprennent en partie le contrôle de Sailly-Saillisel.
     Au sud de la Somme, la Xe Armée française conquiert Ablaincourt-Pressoir mais rencontre une forte résistance allemande ailleurs.
     Après quelques succès le 13 novembre : prise de Beaumont-Hamel, Saint-Pierre-Divion et Beaucourt-sur-l'Ancre, les Britanniques contrôlent la vallée de l'Ancre mais ne progressent plus.
     À partir du 18 novembre, les conditions climatiques se dégradent considérablement, pluie glaciale, neige et blizzard mettent en échec toutes les offensives.

     C'est la fin effective de la bataille de la Somme.
     Le 21 novembre, Haig décide l'arrêt des offensives britanniques.
     L'offensive de la Xe Armée française prévue en décembre est ajournée par FOCH, le 11 décembre.
     Le 18 décembre, JOFFRE renonce définitivement à l'offensive mettant ainsi fin officiellement à la bataille de la Somme.
     En cinq mois, les Alliés ont progressé de 12 kilomètres au nord de la Somme entre Maricourt et Sailly-Saillisel et 8 kilomètres au sud.
     La percée tant attendue par laquelle JOFFRE espérait revenir à une guerre de mouvement s'est transformée une fois de plus en une bataille d'usure, comme à Verdun.
     Aucun des objectifs principaux, que sont Bapaume et Péronne, n'est atteint

      Les prises de guerre :                                                Les Français ont fait prisonniers et se sont emparés de :
     Les Britanniques ont capturé :                                   Les Français ont capturé :                                     
      - 31 076 Allemands,                                                   - 41 605 Allemands (dont 809 officiers)
      - 102 canons de campagne,                                       - 71 pièces de campagne,
      - 29 canons lourds,                                                    - 101 pièces lourdes,
      - 111 mortiers                                                            - 101 pièces lourdes,
      - 453 mitrailleuses.                                                    - 535 mitrailleuses.

      De lourdes pertes humaines :
     Les chiffres des pertes humaines varient selon les sources. On considère généralement que:
     - Pour les Britanniques le nombre de morts représente 30 % des victimes. Le nombre des disparus 19 % et celui des blessés 51 %.
     - Pour les Français, le nombre des morts représenterait 20 % des victimes, celui des disparus 13 % et celui des blessés 67 %.
    Ainsi, pour des résultats similaires, la tactique des Français s'est avérée moins coûteuse que celle des Britanniques dont les hommes de l'armée KITCHENER manquaient d'expérience.
Pour limiter les pertes, Foch demandait aux commandants d'unités de faire courir les hommes d'obstacle en obstacle, « il est donc d'une importance primordiale de l'employer le soldat avec une stricte économie… ».


 

     Pour les Allemands les chiffres en valeurs relatives ne sont pas connus.
     Les pertes journalières se répartiraient, en moyenne, comme suit :
     - 3 100 pour les Allemands (contre 1 115 pendant la bataille de Verdun) ;
     - 2 976 pour les Britanniques ;
     - 1 437 pour les Français (contre 1 250 pendant la bataille de Verdun qui dura 302 jours).

    La durée de la bataille de la Somme fut de 141 jours

    Pertes humaines pendant la bataille de la Somme (1916) :

                            Armée allemande           Armée britannique       Armée française         Total belligérants
     blessés           267 222                           213 372                       135 879                        616 473
morts et disparus 170 100                           206 282                         66 688                        443 070
    total               437 322                           419 654                        202 567                     1 059 543

    

     


     Conséquences :
     Malgré les très faibles gains territoriaux, les Allemands ont été très impressionnés par le bombardement de préparation des Alliés.
     C’est à la suite de la bataille de la Somme que le haut-commandement allemand décide la guerre sous-marine à outrance qui est l'une des causes de l’entrée en guerre des États-Unis, provoquant un basculement du rapport de forces.
     Le 24 février 1917, l'armée allemande effectue une retraite stratégique, en détruisant tout derrière elle, afin de raccourcir sa ligne de défense sur la ligne HINDENBOURG.

 

 
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